Chimère

Le Monde nous apprend que des équipes scientifiques travaillent sur la création de chimères homme-singe, et qu’elles sont parvenues à en cultiver les embryons pendant quelques jours.

Ces travaux, nous dit le journal « suscitent une salve d’interrogations », d’ordre biologique, médical, philosophique et éthique. J’ajouterai pour ma part anatomique, et pyrotechnique. Car selon Homère, qui en a le premier donné une description, la chimère est un monstre « lion par devant, serpent par derrière, chèvre au milieu », et capable de « cracher le feu ». En cas d’un assemblage homme-singe mené à terme, quelle serait donc les parties du corps occupées par chacun des deux, et leur alliance pèterait-elle des flammes, comme il est permis de l’espérer ?

Répondant à la première de mes interrogations, les savants qui s’adonnent à ces travaux assurent être conscients de « lignes rouges à ne pas franchir ». Un chercheur américain les résume élégamment : pas question de mélanger « brain, balls and beauty » en introduisant des cellules humaines dans le cerveau d’un singe, ses organes sexuels, ou même de modifier son apparence. On ne peut que se réjouir de voir qu’ainsi tout est fait pour éviter de porter atteinte à la dignité de l’animal.

Le berger et le roi

Le berger et le roi est une fable méconnue, mais fort joliment troussée, et composant une belle réflexion sur l’ambition, ses charmes, ses dangers. Elle présente la particularité de contenir elle-même une autre fable, laquelle complète les leçons de la première en soulignant l’aveuglement dans lequel on se trouve lorsqu’on a envie de croire à quelque chose et qu’on prend ses désirs pour des réalités.

La Fontaine y dit une fois encore sa méfiance à l’égard du pouvoir. A le fréquenter de trop près, avertit-il, « mille dégoûts viendront ».