Touchez pas au grisbi

J’ai revu dimanche soir pour la nième fois « Touchez pas au grisbi » avec un plaisir intact. J’ai pour ce film une tendresse particulière. Je ne sais pas pourquoi. Sans doute parce qu’il se passe le jour de ma naissance (un mois après un hold-up intervenu le 5 septembre 1953, des truands se disputent le magot : nous sommes donc bien le 5 octobre, ou dans ses alentours immédiats) et me fait voir comment était Paris quand j’y ai débarqué.

Certes, le caractère documentaire du film n’est pas attesté. Mais laissez-moi penser qu’en 1953, pour réfléchir, on débouchait du champagne (quand on était seul, une demie-bouteille ; à trois, un magnum) ; qu’avant une discussion sérieuse, on ouvrait du pâté et une bouteille de Muscadet ; que pour téléphoner, on allait au bistrot (« un jeton et une fine, s’il vous plait ») ; qu’un déjeuner galant s’accompagnait de bœuf à la ficelle ; et que dans la nuit interlope, l’amitié était sacrée, les filles légères et les hommes bourrus.

 

Coqs et Poules pour Paris

Une information m’est parvenue hier soir qui me fait regretter de ne plus voter à Paris : l’annonce du lancement dans la campagne municipale d’une nouvelle liste intitulée Coqs et Poules pour Paris (CPPP).

Cette liste « alternative volatile » et « auto-déclarée d’intérêt très public » se définit comme « une nouvelle alternative radicale et bestiale pour la non conduite des affaires de la Ville de Paris et de ses différents arrondissements ».

Je n’ai qu’une chose à dire à mes amis parisiens : votez pour Clovis Lemoine, Lorette Lafayette, et consors !

La présentation des nouveaux projets pour Paris (affiches de campagne et professions de foi) des 20 binômes candidats aura lieu à à la librairie du théâtre du Rond-point (Paris) le jeudi 5 mars à 18 h. Conférence de presse à 18h 45.

Tous les candidats et leurs professions de foi sont à découvrir sur http://www.snyers.fr/coqs-et-poules-pour-paris.html?a=146

Manuel pratique de la culture maraichère de Paris

C’est un vieux livre qui est récemment devenu la bible des maraîchers bio et des cultivateurs pratiquant la permaculture. Augustin m’en avait parlé le premier il y a trois ans, et je suis allé le consulter à l’occasion de la simulation des « Assises franciliennes de la biodiversité » que Sciences Po proposait l’autre semaine à ses nouveaux étudiants.

Il s’intitule Manuel pratique de la culture maraichère de Paris, par J.G. Moreau et J.J. Daverne. Paru en 1845, il recense toutes les techniques et tous les savoir-faire qui permettaient, sans aucune mécanisation ni produits chimiques, que 1378 hectares de terre nourrissent toute l’année en beaux légumes les 1 350 000 habitants que comptait alors Paris. Tout y est dit sur les terres et les sols, les expositions, le fumier, l’eau et les « arrosements », les différentes opérations de la culture, les outils et instruments utilisés, et bien sûr les soins et méthodes à appliquer à chaque légume (oignons, choux, salades, carottes, radis, pois, melons, concombres, cornichons, haricots, asperges, aubergines, tomates, piments, etc) en fonction de la saison, ainsi que les risques d’altérations par insectes et maladies.

Le savoir-faire des jardiniers-maraîchers parisiens avait atteint au début du XIXè siècle un degré d’excellence inégalé dans le monde. Mais ils se sont trouvés confrontés avec un ennemi fatal : la pression immobilière et l’artificialisation des sols. Les auteurs notent qu’ « à la vue des chemins de fer qui s’établissent de toute part (…) [comme] toutes les fois qu’on a reculé l’enceinte de Paris, les jardiniers-maraîchers sont obligés de se reculer aussi pour faire place à de nouvelles bâtisses, et que ce déplacement leur est toujours onéreux, en ce qu’ils quittent un terrain amélioré de longue main pour aller s’établir sur un nouveau sol, souvent rebelle à leur culture, qui ne peut être amélioré qu’avec le temps et de grandes dépenses. »

Paris a mangé ses jardins. Il y eut une longue période d’oubli. Puis, dans les années 1960, ces pratiques, notamment grâce à ce livre, seront redécouvertes et actualisées en Californie, et inspireront les pionniers de la permaculture.

Marcher dans Paris (2)

Du temps que je travaillais chez Flammarion, j’habitais dans le Marais. Les bureaux étaient situés près de la place de l’Odéon. Je m’y suis toujours rendu à pied. Tous les matins je quittais les petites rues du quartier, passais devant l’hôtel de ville, traversais l’île de la Cité, levais les yeux vers Notre-Dame, franchissais les quais rive gauche, entrais dans le petit square devant Saint-Julien-le-Pauvre, filais par les ruelles piétonnes du quartier latin jusqu’aux boulevards Saint-Germain et Saint-Michel, et remontais la rue Racine. Été, hiver, qu’il pleuve, qu’il vente. Et tous les soirs, je revenais par le même trajet, ou l’une de ses variantes. J’ai eu ce privilège, pendant neuf ans.

La marche durait vingt cinq minutes. Je ne me souviens pas d’un jour où je ne me sois émerveillé de la beauté de la ville. Chaque jour elle était changeante, chaque jour un détail nouveau m’apparaissait, en fonction de la lumière, du temps, de la saison. Et je ne crois pas avoir jamais effectué le parcours sans mesurer la chance que j’avais d’être là, arpentant le cœur de Paris, et d’y faire provision de ce mélange unique d’élégance et de grandeur qui nourrit les pensées et fait du bien à l’esprit, juste en ouvrant les yeux.

Marcher dans Paris

Le temps était radieux, idéal pour la promenade. Il y avait longtemps que je n’avais pas traversé Paris de part en part, en longeant la Seine. Du pont de Tolbiac aux Champs-Elysées.

Quelle merveille, cette ville, quelle merveille ! Marcher dans Paris c’est marcher dans la beauté, dans l’histoire, dans un rêve. C’est traverser une réalité de pierre augmentée d’esprit.

Ultrogotha et Hapsatou

Elle s’appelait Ultrogotha. Elle était l’épouse de Childéric 1er, fils de Clovis et de Sainte Clotilde, celui qui fit de Paris sa capitale. Elle était donc la reine des Francs, et fut d’une certaine manière la première Parisienne. Elle eut deux filles, prénommées Chrodoberga et Chrodescendis (si l’on en croit des documents tardifs). Ultrogotha et ses filles étaient ainsi les figures régnantes au moment de la naissance de la France. À ce titre, elles incarnent la quintessence originelle des Françaises.

Mais quels prénoms, palsambleu, quels prénoms ! Quels affreux gargouillements gutturaux, quels affronts au bon goût, quelles offenses à l’élégance, et par conséquent quelles insultes à la nation ! Appeler aujourd’hui sa fille Ultrogotha ou Chrodescendis ? Pourquoi pas Ostrogoth ou Cro-Magnon ?

Eric (Childéric ?) Zemmour lui-même pourrait en convenir : même le prénom Hapsatou, qu’il n’aime pas, est moins barbare : plus doux, plus satiné, plus raffiné, plus prononçable. 

(Sur le sujet, on pourra se référer à cet article de France Info et à la chronique de François Morel sur France Inter vendredi. On y retrouve la Marseillaise version Django Reinhardt et Stéphane Grappelli, et c’est une merveille.)

 

A parisian view

Lorsque les fenêtres d’un appartement s’ouvrent à hauteur d’arbre, les New-Yorkais appellent cela a parisian view.

Alors voici une vue parisienne de printemps, prise d’une fenêtre donnant sur les Champs-Elysées et leur rond-point, dans ce moment de l’année où la ville prend un charme indéfinissable, quand la végétation n’a pas encore entièrement éclos, et que la ramure des arbres se pare d’un flouté vert.

Porte cochère

Vous êtes en plein centre de Paris. Vous poussez une porte cochère. Elle se referme. Et vous voilà cent cinquante ans en arrière, au moins, dans le silence. Un rosier grimpe le long du mur. Il y a des géraniums aux fenêtres.

rue vg

Votre fiacre s’éloigne. Deux vieux fauteuils rouillés vous attendent au fond de la petite cour pavée. Peut-être allez-vous écarter quelques fleurs pour vous asseoir dans l’un d’eux et attendre, en regardant le ciel, que votre coeur s’apaise et que le crépuscule se charge de parfums.

Un café en terrasse (rue des petits carreaux, suite)

Café en terrasse 2007 rue petits carreaux

A propos de la rue des petits carreaux : j’y ai vécu pendant trois ans. Au moment de la sortie de mon album « Il pleut au paradis », en 2007, une télé était venue pour une interview me filmer en train de marcher dans cette rue, ou d’y prendre un café en terrasse. C’était un pèlerinage, pour commenter – déjà – mon changement de vie.

Fruits et fleurs de Paris (rue des petits carreaux)

montorgueil-les-halles

Depuis quatre jours, le monde entier pleure pour Paris, prie pour Paris, réconforte Paris.

Moi qui suis un enfant de Paris, cela me touche, cela m’émeut, cela me fait du bien. Que tous les amis de Paris, connus et inconnus, en soient remerciés.

Mais au bout du compte, je sais que c’est l’inverse qui sera vrai: c’est Paris qui me consolera, comme il l’a toujours fait.

« Descendre dans la rue / Allées et venues / Se mêler aux badauds / Humer les étals / Du grand cours des Halles / Laurier et cerfeuil / Café en terrasse / Jolies boulangères / Sourire aux grands-mères / C’est Paris qui t’offre ses fruits et ses fleurs / C’est comme si ta ville te tenait serré sur son coeur »

Voici ma chanson d’amour à Paris.