Chimère

Le Monde nous apprend que des équipes scientifiques travaillent sur la création de chimères homme-singe, et qu’elles sont parvenues à en cultiver les embryons pendant quelques jours.

Ces travaux, nous dit le journal « suscitent une salve d’interrogations », d’ordre biologique, médical, philosophique et éthique. J’ajouterai pour ma part anatomique, et pyrotechnique. Car selon Homère, qui en a le premier donné une description, la chimère est un monstre « lion par devant, serpent par derrière, chèvre au milieu », et capable de « cracher le feu ». En cas d’un assemblage homme-singe mené à terme, quelle serait donc les parties du corps occupées par chacun des deux, et leur alliance pèterait-elle des flammes, comme il est permis de l’espérer ?

Répondant à la première de mes interrogations, les savants qui s’adonnent à ces travaux assurent être conscients de « lignes rouges à ne pas franchir ». Un chercheur américain les résume élégamment : pas question de mélanger « brain, balls and beauty » en introduisant des cellules humaines dans le cerveau d’un singe, ses organes sexuels, ou même de modifier son apparence. On ne peut que se réjouir de voir qu’ainsi tout est fait pour éviter de porter atteinte à la dignité de l’animal.

L’horoscope (La Fontaine, fables)

Cette fable est (dans sa première partie en tout cas) l’histoire d’une prophétie auto-réalisatrice. Un père apprend par un diseur de bonne aventure que son fils risque d’être tué par un lion. Il fait donc en sorte que son rejeton ne sorte jamais de son domaine. Mais la maison est remplie de tapisseries représentant des scènes de chasse, et le fils, furieux d’être toujours enfermé, tape du poing contre un lion de toile sous lequel se trouve un clou. Sa blessure s’infecte, et il meurt.

La seconde histoire que cette fable évoque est celle de la très singulière mort d’Eschyle. On lui avait prédit qu’elle serait provoquée par la chute d’une maison : il eut le crâne éclaté par une tortue qu’un aigle lâcha du haut du ciel.

 

Le lion le singe et les deux ânes

Quand j’ai mis en ligne ma video sur Le berger et le roi, que j’ai présentée hier, un certain Monsieur T., qui est en quelque sorte un confrère puisqu’il se livre à la même activité que moi et publie régulièrement sur YouTube des fables récitées (et souvent commentées) par ses soins, m’en a fait compliment, et noté que je l’avais « très bien dite ». Je lui ai répondu que son compliment me touchait, venant d’un connaisseur. « Seigneur, j’admire en vous des qualités pareilles », répondit Monsieur T., en précisant : pompé chez un célèbre fabuliste.

Là, j’ai compris qu’il me donnait un avertissement, et peut-être une leçon. Il fallait arrêter là notre échange, car nous commencions à ressembler aux ânes de cette autre fable d’où provenait justement le vers qu’il m’avait cité : Le lion le singe et les deux ânes. Asinus asinum fricat, l’âne frotte l’âne, disaient les Romains lorsque deux imbéciles trouvaient bon de se congratuler. La Fontaine écrit : gratter.