Hériter

Pierre Dac a dit un jour : « Cette famille s’entend bien, on voit qu’elle n’a pas encore hérité ».

J’en connais une, ils étaient trois enfants, deux garçons et une fille. Les parents meurent, les comptes se règlent. La fille tapait plus fort que ses frères, elle obtient davantage. Et cependant rien n’est résolu.

On ne s’expliquera jamais sur ce que l’argent rachète, in fine.

 

 

Mes beaux-frères

Il me vient l’idée, je ne sais trop pourquoi, de faire le compte de mes beaux-frères. Je vais procéder par ordre chronologique.

Le premier que j’ai eu était mon meilleur ami. Il a épousé ma sœur, et moi j’ai failli épouser la sienne. Ça n’a pas duré longtemps. Heureusement, nous sommes restés les meilleurs amis du monde.

Mon deuxième beau-frère a aussi épousé ma sœur (la même, je n’en ai qu’une). C’était peu après la séparation d’avec le précédent. Aux dernières nouvelles, il est toujours son mari. (Presque quarante années avec elle : je m’incline devant la performance).

Puis quand je me suis marié (une première fois), j’ai acquis cinq beaux-frères d’un coup : les deux frères de ma femme, et les maris de ses trois sœurs. Numérotons-les de 3 à 8. Numéro 7 et numéro 8 étaient eux-mêmes frères. Par un destin tragique, ils sont morts l’un et l’autre avant d’atteindre leurs cinquante ans.

Lorsque j’ai divorcé, le nombre de mes beaux-frères est retombé à un. Mais quand je me suis remarié quelque temps plus tard, je suis entré dans une famille plus nombreuse encore, et j’en ai regagné six ! J’attribue à ceux-ci les numéros 9 à 14. Pour le numéro 12, on pourrait chipoter : il vivait avec l’une des sœurs de ma nouvelle épouse et avait eu une petite fille avec elle, mais sans être passé par la mairie. Quoiqu’il en soit, ils se sont séparés par la suite, et cette même belle-sœur ayant convolé depuis de façon tout-à-fait officielle, son nouveau mari est ainsi devenu le quinzième dans mon décompte personnel de beaux-frères (mais pas le moindre dans mon amitié).

NB : inutile de chercher, aucun d’eux n’est sur la photo.

Sans elles

Ces photos sont de grands classiques, mais on ne s’en lasse pas : la première assemblée débat, nous dit-on, de l’opportunité de faire évoluer les droits des femmes ; l’autre, tout de noir vêtue, réfléchit sur la famille. Dans l’un et l’autre cas, très peu de pantalons, mais de jolies coiffes tirant délicatement sur le rose.

Pourtant, de femmes, point. Je laisse à mon camarade Montaigne, qui n’avait pas vu ces images, mais leurs jumelles, il y a cinq cents ans, le soin du commentaire : « les femmes n’ont pas tout-à-fait tort quand elles refusent les règles de vie qui sont en usage dans le monde parce que ce sont les hommes qui les ont faites sans elles » (Essais, livre III, chap 5)