Un cœur vide

Encore un mot sur Pyrrhus et Cinéas qui avaient fait déjà couler beaucoup d’encre, avant celle de Madame de Beauvoir : Boileau en parle dans une de ses épîtres, il paraphrase Plutarque en alexandrins. Quant à Pascal, il énonce dans ses Pensées ce constat lapidaire : « Pyrrhus ne pouvait être heureux ni avant ni après avoir conquis le monde. »

Il y a ceux qui désirent ce qu’ils ont, et ceux qui toujours rêvent de ce qu’ils n’ont pas. Les premiers sont heureux (mais ils sont rares). Les autres pourront bien posséder l’univers, cela ne remplira pas leur cœur vide. Un cœur vide est un vide sans fin. 

Dans le lit

Je cherchais le sommeil et m’étais retourné dans le lit sur le ventre. Mon bras gauche était glissé sous l’oreiller, et mon bras droit étendu le long de mon corps. Bras et corps s’écartaient légèrement à partir de l’épaule, avec un mouvement de torsion qui, au niveau de ma hanche, dirigeait la paume de ma main vers le haut, sous le drap.

C’était de ce côté du lit qu’elle dormait, allongée sur le dos. Elle avait dû percevoir mon retournement dans son sommeil, car en deux ou trois mouvements précis de reptation, elle se rapprocha et posa délicatement sa fesse droite sur cette main en forme de coupole qui semblait là pour l’accueillir.

Et moi, quand je reçus dans ma main ce poids intime et délicieux, mon coeur sourit, s’apaisa, et je m’assoupis.

femme_offerte_sculpture_nu004 © Solenn HartSculpture Solenn Hart