Chimère

Le Monde nous apprend que des équipes scientifiques travaillent sur la création de chimères homme-singe, et qu’elles sont parvenues à en cultiver les embryons pendant quelques jours.

Ces travaux, nous dit le journal « suscitent une salve d’interrogations », d’ordre biologique, médical, philosophique et éthique. J’ajouterai pour ma part anatomique, et pyrotechnique. Car selon Homère, qui en a le premier donné une description, la chimère est un monstre « lion par devant, serpent par derrière, chèvre au milieu », et capable de « cracher le feu ». En cas d’un assemblage homme-singe mené à terme, quelle serait donc les parties du corps occupées par chacun des deux, et leur alliance pèterait-elle des flammes, comme il est permis de l’espérer ?

Répondant à la première de mes interrogations, les savants qui s’adonnent à ces travaux assurent être conscients de « lignes rouges à ne pas franchir ». Un chercheur américain les résume élégamment : pas question de mélanger « brain, balls and beauty » en introduisant des cellules humaines dans le cerveau d’un singe, ses organes sexuels, ou même de modifier son apparence. On ne peut que se réjouir de voir qu’ainsi tout est fait pour éviter de porter atteinte à la dignité de l’animal.

Queen’s Speech et cunnilingus

La lecture en ligne de divers journaux, blogs et magazines, est une activité à laquelle je me livre avec plaisir. Elle expose à une variété d’informations propre à entretenir la souplesse et la ductilité de l’esprit. En un clic, on passe en effet souvent du coq à l’âne, et on ne peut que se réjouir de la juxtaposition de certains sujets.

Pas plus tard qu’hier, je me laissais ainsi entretenir par le Monde du Queen’s speech, c’est-à-dire du discours qui, chez nos voisins britanniques, sert de déclaration de politique générale et qui est lu aux honorables parlementaires de Westminster lorsqu’un nouveau gouvernement se présente devant eux. Sa rédaction n’est pas une mince affaire, puisque, comme l’explique le quotidien, « la tradition veut que le discours de la reine soit couché sur du papier parcheminé en peau de chèvre sur lequel l’encre met plusieurs jours à sécher, mais dont la conservation est garantie pour 500 ans minimum. Le manuscrit ne peut donc commencer à être réalisé que lorsque chaque mot du programme gouvernemental est finalisé. » Pas question de faire des ratures, ou de commettre des fautes de langue.

Deux minutes plus tard, m’étant rendu sur Facebook, je prenais connaissance d’un article savant et drôle qui parlait « d’un mot qui aurait dû s’écrire autrement » (et qui, à la vérité, a peu de chances de se retrouver dans un discours de la reine) : le cunnilingus. « Étymologiquement, le terme vient du latin cunnus, qui désigne la vulve, et du verbe lingere, qui signifie lécher, sucer. Le mot lingus est apparemment mal formé et aurait dû être remplacé, selon certains puristes, par linctus. Quand vous faites un cunnilingus ou en recevez un, vous êtes donc coupable d’une erreur de langue, qui ne nuit en rien, rassurez-vous, au résultat final. Attention aussi à ne pas écrire « cunilingus », avec un seul « n », car le cuni en question fait plutôt référence au lapin, animal fort sympathique au demeurant, mais dont le léchage reste une activité marginale. »

La faute, ou l’erreur, de langue hante donc indifféremment le tatouage d’une royale peau de chèvre et le léchage d’une coquine peau de lapin. Inutile de le nier : cette découverte m’a plongé dans un indiscutable ravissement.