Festival en carafe

C’est bien triste, mais pour la deuxième année consécutive cette [*****] de Covid nous contraint à renoncer à organiser notre festival Chansons & Mots d’Amou.

On trouvera ci-dessous le texte du communiqué de presse que nous diffusons aujourd’hui. Les raisons de cette décision y sont exposées brièvement et aussi calmement que possible.

L’association Chansons & Mots d’Amou a le regret d’annoncer qu’elle n’est pas en mesure d’organiser l’édition 2021 de son festival (prévue du 6 au 8 août).

Malgré la déclaration du ministère de la Culture, qui nous avait donné espoir en indiquant que les festivals accueillant moins de 5000 personnes et se déroulant en plein air pourraient avoir lieu cet été, il apparait, après concertation avec la commune, le département, la région et la préfecture, que les contraintes sanitaires liées à l’épidémie de Covid (distanciation physique, contrôle et gestion des files d’attente, impossibilité en pratique d’une vraie restauration pour le public et les artistes, suppression de la buvette, absence de solution de repli en cas d’alerte météo) ne sont pas compatibles avec la tenue de l’événement dans un lieu comme les arènes d’Amou et la Técouère.

Ces contraintes, qui plus est, entrainent mécaniquement une réduction des prévisions de recettes (division de la jauge par deux donc baisse de la billetterie d’autant), alors même que le financement du festival était déjà cette année fragilisé par la suppression de la subvention de l’Adami et par la perte de plusieurs sponsors locaux très affectés par la grippe aviaire.

L’équilibre économique s’avère ainsi impossible à trouver. Comme de surcroît les contraintes d’organisation et d’accueil des artistes et du public ne sont pas compatibles avec l’exigence de qualité, de convivialité et de mise en valeur de l’art de vivre de la Chalosse qui sont au cœur de notre festival, il n’y a pas d’autre option que de renoncer.

Deux années sans festival, c’est un coup très dur pour notre association et ses bénévoles, pour les artistes et les équipes, les prestataires, les partenaires et pour notre public fidèle ; nous sommes très tristes de cette situation. Mais cette décision, approuvée par notre bureau unanime, est la seule qui nous permet de préserver le futur.

Merveilleux festivals

Comme chacun sait, de grosses incertitudes pèsent sur la reprise prochaine d’une vie sociale et culturelle normale, et l’excellente Madame Bachelot a beau affirmer que de nombreux festivals se tiendront cet été, rien n’est moins sûr.

A la situation sanitaire et aux contraintes d’organisation qui en découlent s’ajoute en effet l’arrêt d’un certain nombre de subventions, notamment celles qu’octroyaient aux manifestations comme la nôtre les sociétés civiles gérant les droits des musiciens et interprètes (ADAMI, SPEDIDAM. Pour Chansons & Mots d’Amou, c’était l’ADAMI.)

La SACEM a quant à elle annoncé qu’elle ne mettrait fin aux siennes que l’an prochain. Mais comme j’appelais pour m’enquérir des financements pour cette année, et que je me présentais à la dame au téléphone en disant que j’étais le responsable d’un festival qui aurait lieu cet été : — Un festival ? cet été ? répliqua-t-elle d’un ton moqueur… Vous vivez dans un monde merveilleux !…

Le tout-au-canal

Les maisons d’Amou qui donnent sur la place de la Tecouère étaient autrefois bordées d’un canal. Vers les années 1900, anticipant sur le tout-à-l’égout, leurs propriétaires avaient jugé pratique d’installer des latrines sur leur balcon à l’étage. Ce qu’on déposait dans la chaise percée tombait directement dans l’eau trois mètres plus bas.

La plus grande de ces maisons était l’hôtel-restaurant des Voyageurs. On y servait une cuisine locale et généreuse : salmis de palombes, bœuf en daube, confit de canard. C’était donc aussi, logiquement, celle dont les lieux d’aisance étaient le plus fréquentés. Un client de l’époque avait d’ailleurs inscrit sur le livre d’or de l’établissement : « Raphael tu n’es pas raisonnable : tu nous en fais laisser ici autant que tu nous sers à table ».

La chose était connue au village, si bien que dans ces temps sans télévision on raconte que certains anciens, pour se distraire, se retrouvaient l’après-midi à cet endroit précis du canal pour en commenter l’activité, et que chaque fois qu’un gros paquet se présentait et faisait un joli plouf, ils ne manquaient pas d’applaudir.

 

Exposition sur Amou et son Luy à La grange autrement, rue Panecau, 40330 Amou. Jusqu’au 25 septembre, tous les jours de 10h à 17h30. Entrée libre (avec un masque).

Gué, amour et marécages

Amou est né du Luy de Béarn. L’endroit, peuplé depuis au moins l’an 1000 avant JC, constitue en effet un lieu de passage : on y franchit la rivière à gué.

Les diverses étymologies possibles du nom d’Amou, qui fut Amor ou Amors dans les registres gascons du XIIIè siècle, semblent rendre compte de cette origine : soit une altération d’amboros ou amberitos, « le gué entre deux rives », en gaulois mâtiné de latin ; soit dérivé de mor, mot gascon désignant un lieu marécageux, les abords du Luy étant souvent inondés et boueux à la suite des crues (l’église d’Amou est mentionnée dans le cartulaire de la cathédrale de Dax, au XIIè siècle sous l’appellation Saint Pierre de Mor); soit encore du mot amour lui-même, lorsqu’un certain Labienus, lieutenant de César, tombant sous le charme du site, de ses ombrages et de sa rivière, l’aurait dit-on nommé Amor.

Quoiqu’il en soit, gué, marais, ou soldat romain, le Luy le cède bien in fine à l’amour. Car en gascon Amou veut dire amour, et je m’accorde volontiers avec le poète béarnais Alexis Arette-Landresse quand il écrit:

Nou sabém pas arrès, Amou, qui t’a noumade
Lheù qu’esté sus lou bord de l’arriù quauqué hade,
Aymade d’û goujat d’assi ? (…)
Nous ne savons pas, Amou(r), qui t’a nommé
Peut-être fut-ce au bord de tes eaux quelque fée
Amoureuse d’un garçon d’ici ? (…)

Voici en tout cas pourquoi le blason du village figure l’arc de Cupidon, sous la devise Amou que soy : « Amour je suis ».

Et comme dit le poète :

Bénadite sie,
La terre qui porte aquet noum !
Qu’elle soit bénie
La terre qui porte ce nom !

Exposition sur Amou et son Luy à La grange autrement, rue Panecau, 40330 Amou. Jusqu’au 25 septembre, tous les jours de 10h à 17h30. Entrée libre (avec un masque).

Une expo sur le Luy

L’association Chansons et Mots d’Amou n’a pas voulu laisser passer l’été sans rien faire. C’est pourquoi s’ouvre aujourd’hui et jusqu’au 25 septembre à la grange autrement une exposition intitulée « Le Luy hier, aujourd’hui, demain ».

Le Covid nous a contraints cette année à annuler non seulement le festival, mais aussi les événements que nous organisons chaque début de printemps autour de la Semaine de la langue française. Or tout un travail avait eu lieu pendant l’hiver entre les anciens de l’EHPAD des Peupliers et les enfants du centre de loisirs autour du Luy de Béarn, notre rivière, et du thème de l’eau. Il y avait là matière à une exposition que nous avons décidé de monter.

C’est en effet un sujet très riche. Amou est né du Luy, probablement vers l’an 1000 avant JC, car c’est un lieu de passage : on y franchissait la rivière à gué. Et l’histoire du village n’a cessé d’être façonnée par lui : gué donc, mais aussi digue, canal, pont, moulin, passerelle (du tramway), seuil, turbine, et jusqu’à ce lieu unique à Amou qu’est la Tecouère, le magnifique espace ombragé (d’ormes jadis, de platanes depuis le XIXè siècle) que le village laisse au Luy pour y épandre ses crues.

Cette exposition, richement documentée grâce en particulier à la société des Amis d’Amou et aux prêts des archives départementales des Landes, s’enrichit des aquarelles et dessins de Denis Demouge, ainsi que de photographies de David Desreumaux réalisées pendant les dernières éditions de notre festival. On peut aussi y voir les quatre panneaux spectaculaires peints sur scène par Tyrsa, artiste graffeur et typographe, lors du concert donné par Oxmo Puccino dans les arènes en 2019.

 

A La grange autrement, rue Panecau, 40330 Amou. Jusqu’au 25 septembre, tous les jours de 10h à 12h30. Entrée libre (avec un masque).
Remerciements tout particuliers à Claudine, Agnès Galletier et Jacques Douville, sans l’engagement et le travail desquels cette exposition n’aurait pu voir le jour.

Pas rock et pas paroles

C’était une belle édition de Chansons et Mots d’Amou que Claudine avait concoctée pour cet été 2020. Intitulée « Rock & paRoles », elle devait s’ouvrir par un bal rock sur la place de la mairie, accueillir (entre autres) la Grande Sophie et les Innocents, faire le portrait de Lou Reed et proposer la lecture de textes d’un prix Nobel de littérature nommé Bob Dylan. L’affiche était prête. Mais le covid-19 est passé par là et en a décidé autrement.

Avant de prendre (c’était fin avril) la décision d’annuler, nous nous sommes posé toutes les questions que tous les autres festivals partout en France se sont posées. Nous avons échangé avec eux, et les autorités locales. Comment le déconfinement allait-il s’opérer ? À combien de personnes allaient être limités les rassemblements ? Comment gérer les mesures de distance ? Le port éventuel du masque ? Quid des buvettes ? Quid du catering des artistes ? Quid de leur hébergement ? Quid de l’accueil des festivaliers ? Quid des contrôles de l’accès aux lieux de spectacle ? Et quelles conséquences sur la fréquentation ? Sur l’économie de l’événement ? Et quid de notre responsabilité, morale et juridique, si par malheur le festival devenait un foyer de contamination ?

Trop d’inconnues, pas de réponses. Annulation donc. Trois mois plus tard, on n’en sait pas beaucoup plus, sauf qu’il n’y avait malheureusement pas d’autre solution.

Chansons et Mots d’Amou 2019 : le film

Pour rester un moment encore sur l’édition 2019 du festival Chansons et Mots d’Amou, voici le film qu’en a réalisé Romain Delalande. Il en a joliment saisi les ambiances, et complète très bien le diaporama, davantage centré sur les spectacles, que j’ai publié hier.

J’en profite pour dire que ces merveilleux moments ne sont rendus possibles que par la mobilisation d’une fantastique équipe de bénévoles. Qu’ils en soient tous chaleureusement remerciés !

Mais ce festival est aussi et d’abord le fruit du travail, du talent et de la volonté de Claudine, ma femme et mon amour, dont c’est aujourd’hui l’anniversaire, et que j’embrasse de tout mon cœur parce qu’elle regarde du côté lumineux de la vie.

 

Diaporama Chansons et Mots d’Amou 2019

Cinq semaines ont passé depuis la fin du festival, et il est temps de revenir en images sur l’édition 2019 de Chansons et Mots d’Amou, qui nous a offert des moments uniques et précieux, en grande proximité avec les artistes. Ceux-ci nous ont fait cette année encore d’incroyables cadeaux. Je pense notamment à notre parrain Oxmo Puccino, dont le nouvel et magnifique album La nuit du réveil est sorti il y a deux jours, et qui nous avait fait l’amitié de nous en confier six ou sept titres en avant-première.

Le diaporama ci-dessus a été composé à partir des photos de David Desreumaux*. C’est une grande chance pour nous qu’un photographe aussi sensible à la chanson, et connaissant aussi bien les artistes, couvre depuis trois ans notre événement avec autant de talent. Quant à la musique qui l’accompagne, j’ai choisi le superbe Même pas peur de Clarika.

NB : Les fans de Gaël Faye (et ils sont nombreux à Amou) pourront le retrouver en duo avec Oxmo sur un titre de La nuit du réveil.

* excepté la photo de Spain qui ouvre le diaporama, prise par Christine Taverne.

L’enterrement de Spain

L’enterrement de Spain, chez lui, dans la petite église de Bénac (Hautes Pyrénées) entre Tarbes et Lourdes. Beaucoup de monde. Des dizaines de techniciens et d’intermittents du spectacle. Visages défaits, tendus, bras tatoués, gueules cabossées. Beaucoup d’émotion. Côté Chansons et Mots d’Amou ses collègues et amis Jean-Philippe, Seb, David, Florine en pleurs. Frédéric dépose le badge « régie » sur la gerbe de fleurs blanches que l’association s’est cotisée pour offrir.

Cérémonie sobre, simple, très digne. Philippe Mouchet, 1966-2019. L’assistance se tient dans un silence à la fois respectueux et hébété. Pas grand monde pour reprendre les cantiques. La fille de Spain, entourée de ses frères, prononce un bref et intense éloge de leur père, évoque leur enfance vagabonde et rock’n roll dans un camping car bleu et blanc. Des larmes glissent sans se cacher sur de nombreuses barbes.

Chant de sortie inattendu, sur la petite sono de l’église : Let there be rock, d’AC/DC. Un frisson parcourt l’assemblée. Le cercueil sort sous les bravos et s’en va dans la lumière. 

Spain

Spain (Philippe Mouchet), arènes d’Amou, dimanche 4 août 2019. Photo Christine Taverne.

Il s’appelait Philippe Mouchet, mais le surnom par lequel tout le monde le connaissait, c’était Spain. Il y a six ans qu’il faisait le son dans les arènes d’Amou, avec compétence, bonne humeur, et une extrême gentillesse. Il nous a quittés brutalement mercredi matin, alors qu’il bricolait chez lui, avec ses enfants. Depuis, la tristesse habite à Amou.

Il se trouve que le dernier (et magnifique) spectacle sur lequel il aura travaillé était le spectacle de clôture de Chansons & Mots d’Amou 2019, Chansons des salles obscures, de Chloé Lacan et Thibaud Defever. Chloé et Thibaud avaient eu l’idée de le conclure par un générique façon cinéma, et moi, je ne sais pourquoi, celle de sortir mon smartphone et de filmer juste ce moment-là.

En visionnant cet extrait (le fond musical, la netteté des annonces, le temps pris pour énoncer les noms et le relief que cela leur donne), il me semble que ce générique prend la forme d’un très bel hommage à toutes les personnes qui travaillent sur un concert, et spécialement aux techniciens du spectacle. Pour celui-ci, Spain occupait une place de choix.

Un grand merci pour tout ce que tu as fait pour nous, Spain. Le festival sans toi ne sera plus pareil. Fais-leur du bon son, là-haut.

Spain croqué à Amou par Denis Demouge, qui lui avait fait signer son dessin